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Samedi 30 août 2008

92 - Conseil général des Hauts-de-Seine

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Quand les ados parlent aux ados


Reportage sur les élèves médiateurs au collège Victor Hugo d'Issy-les-Moulineaux.

Lorsqu'un conflit éclate entre des élèves, ce sont d'autres élèves qui interviennent pour rétablir la paix


Ce sont des collégiens comme les autres, si ce n'est qu'ils ont reçu formation de médiateur dans le cadre du programme SIEL (Soutien aux initiatives éducatives locales). Choisis par les collégiens eux-mêmes, ces élèves-médiateurs sont au nombre de 24 au collège Victor-Hugo d'Issy-Les-Moulineaux,
Depuis environ un an maintenant, chaque semaine,  une équipe de six d'entre eux prend le relais. Leur signe distinctif lorsqu'ils sont en « service » ? Un tee-shirt blanc qui permet de les identifier facilement.

Le programme SIEL (Soutien aux Initiatives Educatives Locales), proposé par le conseil général, permet de financer les initiatives des collèges en lien avec un partenariat local. Ici le projet était de former des élèves médiateurs en partenariat avec le Clavim (le Centre de Loisirs et d'Animations de la Ville d'Issy-les-Moulineaux), la médiathèque, le collège et l'Institut pédagogique de Paris chargé de la formation des adultes comme des jeunes.

Ils racontent.

Jeunes. Hauts-de-Seine.net : "Quel est exactement votre rôle au quotidien ?"


Dorian : "Nous sommes là pour aider à régler les conflits. Le médiateur est une personne neutre qui propose un autre regard, des solutions auxquelles on ne pense généralement pas quand on est en pleine dispute !"
Eve : "Les ados ont du mal à se confier à des adultes."
Mariam : "Car souvent, quand ces derniers interviennent, ils jugent sans écouter, en fonction de leurs préjugés sur une personne".
Eve : "C'est plus facile de parler à d'autres jeunes, alors nous sommes à leur disposition."
Mariam : "Nous, nous ne les jugeons pas, nous ne sommes pas là pour leur faire des embrouilles."
Roman : "Nous devons faire attention à eux, être en compassion."
Armelle : "Respecter leurs sentiments, se mettre à la place de chacun d'entre eux."
Mariam : "On ne veut pas trouver un coupable mais aider à trouver des solutions."

Jeunes. Hauts-de-Seine.net : "A quels types de conflits avez-vous affaire ?"


Eve : "La plupart du temps, ce sont de petites disputes qui dégénèrent, de petits vols."
Floriana : "Quelquefois, c'est beaucoup plus grave, des règlements de comptes, des histoires de famille « mon père frappe ma mère... "
Armelle : "Dans ce cas, on sert surtout à remonter le moral et on encourage à aller voir un adulte comme Elodie, la médiatrice du collège, ou un des professeurs qui ont été aussi formés pour nous épauler. Certains jeunes se servent d'ailleurs de nous comme d'intermédiaires pour contacter un adulte."
Moussa : "Lorsqu'il y a de grosses bagarres, ce n'est plus de notre domaine, nous devons contacter un adulte."

Jeunes. Hauts-de-Seine.net : "Comment intervenez-vous ? Cela ne doit pas toujours être facile !"


Armelle : "Le plus souvent, c'est nous qui allons vers eux."
Roman : "S'ils refusent qu'on intervienne, on se retire. Certains manquent d'information, comme les 6e qui nous prennent un peu pour la police."
Moussa : "Il arrive qu'on nous insulte. Ça arrivait surtout l'année dernière quand nous avons commencé."
Mariam : "On nous disait « De quoi vous vous mêlez ? ! » Ils s'amusaient même à simuler des bagarres pour qu'on vienne."
Moussa : "Ils nous testaient pour voir si on allait craquer et nous jugeaient."
Mariam : "On se moquait de moi, ça me rabaissait."
Moussa : "Maintenant, c'est beaucoup plus rare."
Eve : "Maintenant, la plupart nous respectent bien et nous encouragent."

Jeunes. Hauts-de-Seine.net : "Comment savez-vous quelle attitude adopter ?"


Armelle : "Nous avons été formés. Nous avons fait beaucoup de jeux de rôles, même si dans la réalité, cela peut se passer différemment."
Floriana : "On nous a appris à communiquer pour désamorcer la violence, à rester calme."
Moussa : "Oui, il faut garder notre calme."
Eve : "Mais quelquefois, ça les énerve."
Armelle : "C'est dur de s'imposer sans se fâcher."
Mariam : "Ils voudraient qu'on prenne parti. Je leur explique pourquoi ce n'est pas possible. Ça les fait réfléchir et je n'ai pas perdu d'amis."
Dorian : "Quand tu arrives à leur faire comprendre que personne n'a raison ou tort, ils laissent tomber le conflit.
Eve : Il faut trouver le mot juste, faire rire, pour désamorcer."
Dorian : "On n'est pas toujours obligé de parler pour faire une médiation, il suffit quelquefois d'écouter. Ils racontent, découvrent que ce qu'ils font est idiot et trouvent eux-mêmes leur solution. Après, ils nous remercient, ce qui est très rare, alors qu'on n'a presque rien fait !"
Armelle : "Quand nous sommes mis en difficulté, que nous ne trouvons pas de réponse, nous savons que nous pouvons compter sur les autres élèves-médiateurs, nous nous entraidons. C'est le pouvoir des six ! " (éclat de rire général)

Jeunes. Hauts-de-Seine.net : "avez-vous l'impression que cette expérience vous apporte quelque chose ?"

Mariam : "Ça fait connaître plus de monde."
Armelle : "Je me raisonne plus et cela me sert dans la vie de tous les jours, dans la famille."
Eve : "Une fois mes parents se disputaient, je leur ai parlé. A la fin, il m'ont dit que j'étais un bon médiateur, ils n'en revenaient pas ! En plus, on devient moins susceptible."
Moussa : "On est plus sûr de nous."
Eve : "On sent qu'on nous fait confiance. Nous avons une réelle responsabilité. C'est vraiment une belle aventure.
Floriana : "Avant, je n'écoutais pas, maintenant si, et je comprends plus les gens. Cela m'enrichit."
Dorian : "A chaque fois, on apprend quelque chose de nouveau et on se couche moins « c... » le soir."
Armelle : "Je l'avoue, j'aime bien fourrer mon nez dans les affaires des autres. Avant, on me traitait de commère. Je suis passée du statut de « concierge » à celui de médiateur, je suis devenue utile."
Roman : "Ce que l'on n'arrive pas à s'avouer à soi-même, on le dit aux autres et on se fait du bien à soi-même.
Moussa : "J'aime faire le bonheur des autres."
Eve : "J'ai l'impression maintenant d'être toujours médiateur."

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