Histoire du département - Historique des Hauts-de-Seine
Vendredi 05 décembre 2008

92 - Conseil général des Hauts-de-Seine

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L'HISTOIRE DU DÉPARTEMENT
Le doyen mondial des poilus, alto-séquanais, monsieur Abesca, s'est éteint en août 2001, à 110 ans. Pour en savoir plus sur la Grande Guerre, consulter ce site très bien fait. 

Le "Livre inachevé"


Quels sont les poilus tombés pour la France dans les Hauts-de-Seine ?


Le livre d'or des morts tombés pour la France, nul n'en a jamais entendu parler. C'est un peu normal, puisqu'il n'existe pas. Projet contemporain de la Grande Guerre, ce "monument littéraire" n'a pas survécu aux années 30. Il reste, au Centre des archives contemporaines de Fontainebleau, des milliers de cahiers, un pour chaque commune, où sont inscrits depuis les Années folles les noms des soldats tombés au champ d'honneur*. Hauts-de-Seine.net a enquêté.

Un monument littéraire de 120 volumes


Dès le début de la guerre, en 1915, sur une initiative de Louis Martin, sénateur du Var, la Chambre des députés décida, avec le concours des communes, de réunir tous les noms des soldats morts pour la France. En étaient exclus les soldats accidentés, morts de maladies ou suicidés.

Une fois ces registres bouclés, inscription faite de chaque nom, prénom, date et lieu de naissance, grade, jour et lieu de la mort relatifs à chaque soldat tombé, le livre d'or devait rallier son ultime destination, le Panthéon.
Estimé à environ 120 volumes, le "monument littéraire" rejoindrait Victor Hugo.

Une rédaction laborieuse


Mais pour honorer la mémoire de ces combattants, la Chambre ne voulait pas de ces cahiers humbles, tapés ou rédigés par un secrétaire de mairie appliqué, tout en pleins et déliés. De beaux volumes luxueusement reliés, ornés de calligraphies, des trouvailles artistiques feraient de ces pages crève-coeur un joli catafalque.
À cet effet, une loi fut votée par la Chambre, le 25 octobre 1919, des crédits alloués pour la rédaction dudit livre d'or. Les communes sollicitées répondirent aux questionnaires et la collecte des informations dura jusque dans les années trente.

Rédaction laborieuse, car certains corps ne furent pas retrouvés, d'autres portés disparus et des soldats furent inscrits sur plusieurs communes. Les cahiers portent donc ratures et rectificatifs comme autant de cicatrices sur les corps des soldats mutilés. Les radiations laconiques, pour cause de mort à la suite de maladies, parfois atroces comme le tétanos qui prospérait dans la boue, ou d'accidents horribles, exclurent également les blessés préférant le suicide au lent coup de grâce donné par les rats dans un trou d'obus.

Des morts oubliés à la veille de la seconde guerre


Combien sont devenus, de ce fait qui n'était pas d'armes, SPF : sans Panthéon fixe !
Quant à ceux qui obtinrent le triste agrément de voir leurs noms inscrits sur le livre d'or, ils ne purent jouir de cet honneur posthume.
Un concours fut organisé par le ministère des Pensions pour choisir un artiste digne de réaliser l'ouvrage, lequel conçut un projet, égaré en 1936 par les Beaux-Arts. Le Parlement ne donna plus de crédits.
On avait oublié le livre d'or à la veille de la seconde guerre mondiale, à la fin de laquelle un nouveau député, Louis Marin, demanda la réalisation du livre d'or des combattants de 39-45, croyant que celui de la première guerre mondiale reposait en paix au Panthéon.

Mais pour ceux qui veulent savoir combien de jeunes hommes ont payé le prix et l'impôt du sang, ville par ville, village par village, les vieux cahiers jaunes, humbles et dépenaillés sont toujours là, au Centre d'archives contemporaines de Fontainebleau.

* Pour tout savoir sur l'histoire du livre d'or des soldats tombés au champ d'honneur :
Lire l'article de Marie-Thérèse Chabord fourni gracieusement à l'équipe par le directeur du Centre des archives contemporaines de Fontainebleau, Alain Paul, émanant de la Revue historique de l'armée, n° 2, 1973.

Dans les cahiers de Fontainebleau : le tribut de l'Île-de-France


Parcourant ces cahiers, corrigés, raturés, réunis dans le carton de l'ancien département de la Seine, futur morceau de l'ensemble alto-séquanais, le lecteur peut mesurer l'ampleur de la blessure portée aux forces vives du pays dans la région Île-de-France.
Certains de ces cahiers sont minces, d'autres sont enflés de toutes leurs liasses qui n'en finissent pas de jaunir autour d'un lien lâche.
Les noms défilent, par ordre alphabétique avec presque toujours les mêmes années de naissance : 1882, 1883, avec des grades, et des noms de ville assortis à des dates de mort, qui font frémir : Verdun, Douaumont.
Des lieux de résidence, aujourd'hui paisibles et familiers, s'associent à des chiffres terribles : Boulogne une cinquantaine de morts, Bagneux le double, Châtillon plus du triple, Colombes environ 820 morts, Asnières 400 de plus, comme à Courbevoie, Clichy dépasse de 600 le millier, Levallois de 800.

Le doyen mondial des poilus, alto-séquanais, monsieur Abesca, s'est éteint en août 2001, à 110 ans, mais monsieur Seigneuray, 104 ans, résident de la maison de retraite de Boulogne, garde le souvenir.

Les listes des soldats tombés, commune par commune, sont consultables au Centre des archives contemporaines : 
Adresse : 2, rue des Archives, 77300 Fontainebleau
Tél. : 01 64 31 73 00

[ En savoir plus ]


- Voir le site "La Grande Guerre en dessins"
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