Histoire du département - Historique des Hauts-de-Seine
Vendredi 05 décembre 2008

92 - Conseil général des Hauts-de-Seine

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L'HISTOIRE DU DÉPARTEMENT

Napoléon Bonaparte


Qu'a-t-il vécu à Saint-Cloud  et à Rueil-Malmaison ?


Napoléon a croisé à plusieurs reprises les routes des Hauts-de-Seine. A l'aurore de sa destinée, sa nomination d'officier a été signée par Louis XVI au château de Saint-Cloud. A son crépuscule, lors d'une ultime visite à la Malmaison, avant son exil à Sainte-Hélène...
Jean-Paul Clément, directeur de la maison de Chateaubriand, a reçu Hauts-de-Seine.net pour évoquer les jeunes années alto-séquanaises du "Corse à cheveux plats".

Au coeur du parc de la Vallée-aux-Loups, à Châtenay-Malabry, Jean-Paul Clément, directeur de la maison Chateaubriand, évoque pour nous le souvenir de "l'aigle" dans la maison d'un de ses plus brillants adversaires.

- Hauts-de-Seine.net : C'est à Saint-Cloud que "tout" a commencé ?
- Jean-Paul Clément :
C'est bien dans le futur département des Hauts-de-Seine que Napoléon vécut les premières années - et sans doute les plus fructueuses - de son destin politique : Saint-Cloud tout d'abord, où Louis XVI a signé la nomination de cet officier qui fut général à 25 ans, où se déroula l'épisode du 18 Brumaire (9 novembre 1799) qui permit à Bonaparte de prendre l'ascendant sur la Chambre des Anciens, avec l'appui de son frère Lucien et de son compagnon d'armes, Murat.

- HDS.net : Mais c'est Rueil-Malmaison qui garde un souvenir durable de son passage...
- Jean-Paul Clément :
 En effet, les années triomphantes du Consul, en gestation d'un empereur, sont surtout celles de la Malmaison, où le météore Napoléon fut à l'apogée de son ellipse. Dans ce lieu cher à son coeur, il opérait des replis de repos stratégiques auprès de Joséphine de Beauharnais, instigatrice de l'endroit : cette Créole qui détestait les Tuileries adorait les fleurs, les parfums exotiques. Elle encercla la Malmaison de jardins luxuriants, aidée en cela de l'un des meilleurs botanistes de son temps, au nom prédestiné, Bonpland, qui fut le directeur de ces jardins.
Il s'agissait avant tout d'un grand scientifique, qui s'était illustré dans des expéditions lointaines, où s'associaient des botanistes et naturalistes de grand renom, comme Alexandre de Humboldt, qui fut également administrateur des jardins de la Malmaison dès 1809.
De ces périples, l'on rapportait nombre d'espèces végétales, transplantées par la suite dans les serres de la Malmaison, dont rien, hélas, ne subsiste aujourd'hui.

La Malmaison : un lieu propice au génie napoléonien


Bref, c'est dans ce lieu propice au repos que s'exprimait la pleine fécondité du génie réformateur napoléonien : création ou réforme des grands corps de l'État, nouveaux codes et refonte du droit français, naissance d'institutions pérennes, comme le Conseil d'État, la Banque de France, signature avec l'Angleterre du traité d'Amiens (1801), conclusion du Concordat, qui tempère nos relations avec la papauté.
Ces années à la Malmaison sont celles de la paix, même si les grands voisins d'Europe demeurent en alerte et guettent une occasion de raviver les braises. Ce sont aussi celles d'une révolution plus douce, où la France se réforme sans ostracisme, ce qui permet de clore enfin la parenthèse sanglante de la Terreur.

- HDS.net : C'est encore à Rueil-Malmaison qu'il séjourne avant son exil...
- Jean-Paul Clément :
C'est très émouvant de songer que les ultimes instants concédés par ses geôliers sur le territoire français ont été passés à la Malmaison, où Napoléon revint, avant d'embarquer pour l'exil, accompagné de son mamelouk, sur les traces de Joséphine, morte l'année précédente d'une fluxion.

Petits visuels :
1 - Jean-Paul Clément, directeur de la maison de Chateaubriand.
2 - Bonaparte 1er Consul dans le parc de Malmaison :
Charles-Louis Lingée (1748-1819) ; François Godefroy (1743-1819) ;d'après Jean-Baptiste Isabey (1767-1855).

L'hommage post mortem de Chateaubriand à Napoléon


Jean-Paul Clément termine en citant Chateaubriand, qui, s'il ne ménagea guère l'empereur de son vivant, lui dédia post mortem ces lignes aussi chatoyantes que le dôme des Invalides où ses restes couvent encore :
"Bonaparte n'est point mort sous les yeux de la France ; il s'est perdu dans les fastueux horizons des zones torrides. L'homme d'une réalité si puissante s'est évaporé à la manière d'un songe ; sa vie, qui appartenait à l'histoire, s'est exhalée dans la poésie de sa mort. (...) Aucune étoile n'a manqué à sa destinée : la moitié du firmament éclaira son berceau ; l'autre était réservée pour illuminer sa tombe."*

* Chateaubriand, Essai sur la littérature anglaise (1836), tome II.

Napoléon serait-il venu, secrètement, dans la maison de Chateaubriand, un de ses adversaires politiques les plus redoutés ?


C'est ce que madame de Chateaubriand relate dans ses cahiers*, récemment réédités et annotés par Jean-Paul Clément, sur la foi du récit du jardinier des lieux. En effet, celui-ci aurait vu, un après-midi de 1810, un "homme de petite taille", accompagné d'un plus grand "mais qui ne commandait pas", arpenter le domaine. Devant la quiétude des lieux, l'étrange visiteur aurait déclaré que "Chateaubriand n'[était] pas malheureux".
Puis, ayant vaqué "si vite qu'on avait peine à le suivre", il aurait demandé qu'on le laissât seul. Après avoir médité dans le parc, bras croisés - posture, paraît-il, familière à l'empereur -, l'hôte mystérieux aurait remis au jardinier 5 napoléons, lequel aurait reconnu, comme jadis Louis XVI à Varennes, le profil illustre du modèle.

Un gant fiché sur un rameau de laurier, attribut végétal des empereurs, aurait été retrouvé et conservé - pieusement ? - par madame de Chateaubriand, persuadée d'avoir retenu un instant les pas de Napoléon, qui avait pourtant juré, au lendemain d'un article acerbe rédigé par Chateaubriand contre lui dans les colonnes du Moniteur, de le faire "sabrer"...

* Cahiers de madame de Chateaubriand
Présentation et notes de Jean-Paul Clément. PARIS. PERRIN, 2001.

Voir aussi


Le 2 décembre 2004 : le bicentenaire du Sacre de Napoléon

Le magazine 92 Express (tél. : 01 41 37 11 60) :
+ le numéro de mars 1997 consacré à la Malmaison
+ le numéro d'avril 2002 sur la Vallée-aux-Loups et la maison de Chateaubriand

[ En savoir plus ]


- Le site de la maison de Chateaubriand
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